Le millepertuis ou la bonne humeur retrouvée…
Posté par Dr Franck Gigon | Posté dans Bien être, Plantes de santé | Posté le 19-07-2009
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Le millepertuis
Noms vernaculaires: Herbe de la Saint-Jean, barbe de la Saint-Jean, herbe de Saint-Eloi, chasse-diable, herbe aux mille trous
Nom latin
Hypericum perforatum
Famille
Hypericacées
Description:
Le millepertuis est une plante vivace commune possédant des fleurs d’un jaune très vif qui atteignent leur maturité vers le 24 juin aux environs de la Saint-Jean.
Sa tige se dresse à une hauteur de 20 à 80 cm, se ramifie en de petites feuilles sessiles qui possèdent de nombreuses petites glandes sécrétrices translucides, ayant l’apparence de multiples petits trous qui lui valent son nom de « plante au mille trous » ou millepertuis.
Parties utilisées
Sommités fleuries
Répartition géographique:
C’est une plante originaire d’Europe, du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord mais dont la répartion géographique comprend maintenant toutes les régions tempérées du monde. Le millepertuis affectionne particulièrement les terrains abandonnés, les bordures des chemins et les prairies sèches.
Historique et usages traditionnels:
Les sommités fleuries du millepertuis sont utilisées depuis l’Antiquité pour traiter les blessures et les infections, chasser les vers et les mauvais esprits. Le millepertuis entrait déjà dans la composition de nombreux remèdes contre les troubles du système nerveux dès le début du XXème siècle pour retrouver un état serein. Le millepertuis a trouvé ses lettres de noblesse en Allemagne dans les années 80 ou les premières études cliniques validaient son utilisation dans la dépression.
Principaux constituants
-Huile essentielle : alphapinène, myrcène, cinéol, cadinène, esters de l’acide isovalérianique
-Acides phénols (acide caféique et acide chlorogénique)
-Flavonoïdes (flavonols, rutine, quercétine)
-Tanins catéchiques, pectine, choline
-Pigments rouges (principalement hypericine et hyperforine)
-Mannitol, saponines, composés antibactériens (novomaine et imanine)
Propriétés confirmées par littérature scientifique :
Beaucoup de publications attestent de l’efficacité du millepertuis dans la dépression caractérisée en comparaison avec des anti dépresseurs de synthèse de référence ou avec un placébo (1, 3, 4, 5, 7, 9). Le millepertuis est d’ailleurs validé en France dans les manifestations dépressives légères et transitoires (MDLT) et a ainsi bénéficié d’un avis favorable par l’AFSSAPS avec une AMM allégée. Dans cette indication (MDLT), la méta-analyse de Röder qui portait sur 33 études auprès de 4.500 patients (18 études versus placébo chez 2.129 patients et 15 études versus antidépresseurs de référence chez 2.231 patients) a montré une efficacité supérieure du millepertuis par rapport aux antidépresseurs classiques avec une tolérance remarquable en rapport avec un taux très réduit d’effets indésirables (8, 9, 12).
Le millepertuis contient de nombreux principes actifs dont l’hyperforine qui est capable d’augmenter la concentration intra-synaptique dans le cerveau en sérotonine, mais aussi en norépinephrine, en dopamine, en GABA et en L-glutamate (6). L’inhibition de la recapture de ces neuromédiateurs a été évoquée mais non confirmée à ce jour. D’ailleurs d’autres composés du millepertuis, ses flavonoïdes, semblent aussi être impliqués dans les effets antidépresseurs de la plante.
A savoir :
L’association du millepertuis et du Cimicifuga racemosa s’est révélée efficace sur les troubles physiques et psychologiques caractérisant la ménopause comme l’humeur instable, les bouffées de chaleur, les sueurs et la sécheresse des muqueuse, et plutôt plus efficace qu’en utilisant une deux plantes seule dans cette indication (2).
L’huile rouge obtenue par macération est reconnue traditionnellement pour soulager les érythèmes, les brûlures et les coups de soleil.
Effets indésirables
Ils sont rares :
Photosensibilisation (10, 11), irritation gastro-intestinale, métrorragies, sécheresse de la bouche, étourdissements.
Précautions d’emploi
Ne pas prendre de principe pendant l’allaitement ou la grossesse.
Pas de traitement prolongé ni d’automédication sans avis medical.
Eviter le soleil et les UV pendant le traitement.
Prendre de préférence le millepertuis pendant les repas.
Ne pas proposer aux jeunes enfants en raison de l’absence d’étude.
Eviter de prendre de millepertuis en cas de traitement médicamenteux sans avis médical et ne pas arrêter brutalement le traitement par millepertuis (possibilité d’augmenter les effets des autres medicaments).
Ne pas proposer de principe aux personnes atteintes de troubles de pathologie neuro -dégénératives type maladie d’Alzheimer, ni à celles atteintes de troubles bipolaires ou de schizophrénie.
Le cas particulier du remplacement d’un antidépresseur de synthèse par le millepertuis est à réaliser par un professionnel de santé avec une période de transition pour éviter théoriquement l’apparition d’un syndrome sérotoninergique ou d’un syndrome de sevrage.
Rappelons également que le diagnostic d’épisode dépressif majeur (EDM) devrait être éliminé avant tout traitement par un médecin. L’épisode dépressif majeur étant caractérisé par la présence depuis au moins 15 jours d’au moins 5 critères appartenant à la définition du DSM IV retenu en 2000, avec au moins un des deux symptômes principaux que sont l’humeur dépressive et la réduction du plaisir ou de l’intérêt.
Co-prescriptions médicamenteuses contre indiquées :
(Par interaction avec le cytochtome P450)
Traitement anticholestérol (statines), tous les anti dépresseurs, antipsychotiques, contraceptifs oraux, anticoagulants, chimiothérapies (inorétacan), inhibiteurs de protéases, antiasmathique (théophylline), digoxine, antimigraineux, immunosuppresseurs, anticonvulsivants (sauf carbamazépine, la gabapentine et le vigabatrin dont les associations sont simplement déconseillées).
Formes d’utilisation courante:
Extrait sec/ extrait titré à 5 % d’hyperforine/ Teinture mère/SIPF (suspension intégrale de plante fraîche)
Durée du traitement:
1 mois au départ avec reconduction du traitement après réévaluation systématique conseillée
Franck gigon
BIBLIOGRAPHIE :
1-Bjerkenstedt L, Edman GV, Alken RG, Mannel M. Hypericum extract LI 160 and fluoxetine in mild to moderate depression: a randomized, placebo-controlled multi-center study in outpatients. Eur Arch Psychiatry Clin Neurosci. 2005 Feb;255(1):40-7
2-Briese V, Stammwitz U, Friede M, Henneicke-von Zepelin HH. Black cohosh with or without St. John’s wort for symptom-specific climacteric treatment—results of a large-scale, controlled, observational study. Maturitas. 2007 Aug 20;57(4):405-14
3-Kasper S, Anghelescu IG, Szegedi A, et al. Superior efficacy of St John’s wort extract WS 5570 compared to placebo in patients with major depression: a randomized, double-blind, placebo-controlled, multi-center trial [ISRCTN77277298].
BMC Med. 2006 Jun 23;4:14
4-Linde K, Berner M, Egger M, Mulrow C. St John’s wort for depression: meta-analysis of randomised controlled trials. Br J Psychiatry. 2005 Feb;186:99-107. Review
5-Linde K, Mulrow CD. St John’s wort for depression. Cochrane Database Syst Rev 2000;(2):CD000448
6-Müller WE, Singer A, Wonnemann M. Hyperforin—antidepressant activity by a novel mechanism of action. Pharmacopsychiatry. 2001 Jul;34 Suppl 1:S98-102.
7-Papakostas GI, Crawford CM, Scalia MJ, Fava M. Timing of clinical improvement and symptom resolution in the treatment of major depressive disorder. A replication of findings with the use of a double-blind, placebo-controlled trial of Hypericum perforatum versus fluoxetine. Neuropsychobiology. 2007;56(2-3):132-7. Epub 2008 Feb 7.
8-Röder C, Schaefer M, Leucht S. Meta-analysis of effectiveness and tolerability of treatment of mild to moderate depression with St. John’s Wort. Fortschr Neurol Psychiatr. 2004 Jun;72(6):330-43
9-Szegedi A, Kohnen R, et al.Acute treatment of moderate to severe depression with hypericum extract WS 5570 (St John’s wort): randomised controlled double blind non-inferiority trial versus paroxetine. BMJ, 2005 Mar 5;330(7490):503.
10-Schempp CM, Muller K, et al. Single-dose and steady-state administration of Hypericum perforatum extract (St John’s Wort) does not influence skin sensitivity to UV radiation, visible light, and solar-simulated radiation.Arch Dermatol 2001 Apr;137(4):512-3. 19.
11-Schempp CM, Winghofer B, et al. Effect of oral administration of Hypericum perforatum extract (St. John’s Wort) on skin erythema and pigmentation induced by UVB, UVA, visible light and solar simulated radiation. Phytother Res. 2003 Feb;17(2):141-6.
12-Trautmann-Sponsel RD, Dienel A. Safety of Hypericum extract in mildly to moderately depressed outpatients: a review based on data from three randomized, placebo-controlled trials.
J Affect Disord. 2004 Oct 15;82(2):303-7. Review.